Sombres histoires à la lueur de la Lune

vendredi 19 juillet 2013

Une feuille sur le sol

Petite feuille de lierre

Arrachée au buisson

Seule, vulnérable

M’a fait pleurer

Ramassée

Si frêle

Morte

 

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mercredi 23 janvier 2013

Une promesse...

Il faisait très chaud cette nuit d’été là. Ne parvenant pas à dormir, je décidai de me rhabiller et de sortir me promener dans les jardins du manoir où nous avions été invités à donner un concert. La pleine Lune éclairait les allées du jardin. Il n’y avait pas un souffle de vent.

Mes pas me conduisirent dans le cimetière du manoir. Les tombes enchevêtrées avaient été abandonnées depuis longtemps au lierre et au liseron. Çà et là, des statues avaient été érigées. Beaucoup d’anges, quelques bustes à l’effigie des personnes ensevelies...

Je m’approchai d’une des statues représentant une jeune femme effrayée. Elle semblait tellement réelle, comme saisie en plein mouvement, les jambes en pleine course, les yeux écarquillés, la bouche figée dans un cri, les mains dans un geste de protection... Qui était-ce ? Aucune tombe à proximité pour l’indiquer.

Une autre statue, représentant un jeune homme cette fois, attira elle aussi mon attention par son aspect très réel. Le jeune homme était agenouillé, accablé de tristesse, la tête dans les mains, près de la tombe d’un adolescent mort à l’âge de seize ans.

Je poursuivis ma promenade et contournai un caveau, quand j’entendis cogner, pleurer et appeler. Quelqu’un avait été enfermé vivant dans le caveau ! Je tirai sur la porte, la chaîne qui la maintenait fermée céda, j’entrai... Personne. Et pourtant, j’entendais encore cogner. “Sortez-moi de là !” fit une voie étouffée. Je vis alors un cercueil sans nom. Les pleurs et les coups venaient de là. J’essayai de soulever le couvercle, sans succès. Je pris alors une pierre, et commençai à faire un trou dans le bois, pour que la personne enfermée par erreur puisse au moins respirer. J’agrandis le trou avec mes mains, aidé de la personne en question : un tout jeune homme qui sourit... Et qui avait des canines très, très pointues... Un jeu de rôle qui avait mal tourné ? C’est ce que je crus sur le moment...

“Ce que j’ai faim ! dit-il. Mais comme tu m’as aidé, je ne boirai pas ton sang. D’ailleurs, je n’ai pas eu le temps de boire quoique ce soit depuis que je suis... Ce que je suis. Mais tu es étrangement vêtu... Serais-tu un voyageur étranger ?

- Je m’appelle Milenko, je suis musicien, et si je suis né en Pologne, je suis en France depuis que je suis tout petit.

- Serait-ce alors un costume de scène ?

- Non, c’est un vêtement de tous les jours.”

Il détailla des yeux mes vêtements, apparemment intrigué, quand tout à coup il poussa un terrible cri de douleur et se précipita vers la statue du jeune homme agenouillé.

“NOOON ! Victorien, pourquoi t’es-tu laissé prendre par le Soleil ? Tu savais bien ce que tu avais fait de moi, je pensais que tu serais venu me voir, me guider, poursuivre la rechercher… Jamais je n’aurais pensé que tu te serais laissé pétrifier...”

Il pleurait à chaudes larmes effondré sur la statue.

Je m’approchai prudemment et murmurai :

“Que s’est-il passé ?”

Il essuya ses yeux, tourna vers moi son visage triste, se releva et me dit :

“Je vais tout te raconter. Assieds-toi là, sur le banc en pierre. Encore une fois ne crains rien de moi, je ne te ferai rien.”

Je m’assis donc, il vint près de moi en tremblant, et commença son histoire.

***

“Je m’appelle Stanislas. Je suis arrivé dans cette demeure quand j’avais quinze ans, avec ma mère et mon tuteur, juste après la mort de mon père. Mon tuteur a épousé ma mère peu de temps après, et un mois plus tard ma mère est morte en me laissant le manoir, qui avait appartenu à sa famille. Mais tant que je ne serais pas majeur, ce serait à mon tuteur de gérer l’héritage, qui lui reviendrait si je venais à mourir... C’est là que tout a commencé.

J’avais tellement de chagrin que je ne mangeais plus. Des médecins et spécialistes m’avaient vu et donné des remèdes, mais au lieu de reprendre des forces, j’étais toujours plus épuisé. Au bout d’un mois pourtant, j’avais recommencé à manger, et tous les soirs je me levais pour regarder la Lune et le cimetière en dessous. Je trouvais la statue de la femme effrayée tellement belle et tellement touchante... C’était comme si elle comprenait ce que je ressentais. Le jour de mes seize ans, j’ai eu assez de force pour descendre tout seul au jardin. Je suis resté longtemps sur la tombe de mes parents, puis je suis allé voir la belle statue. Elle était comme saisie en pleine course ou plutôt en pleine fuite. Qui était-elle et que fuyait-elle ? J’imaginais que c’était la mort qu’elle fuyait. Ce jour-là je me suis approché pour la regarder de plus près. Ses mains sur son visage dissimulaient en partie sa bouche figée dans un cri, et je trouvai que ses dents n’avaient pas été aussi bien faites que le reste de la statue : certaines paraissaient pointues.

J’ai entendu une corneille, et je suis allé voir où elle se trouvait. Je me suis enfoncé dans les buissons, et je l’ai trouvée perchée sur une sorte de tourelle en ruines. Elle croassait lugubrement et frappait le toit de la tourelle de son long bec, puis s’est envolée. Je me suis approché, et j’ai fait le tour de la tourelle ; j’étais intrigué, je voulais savoir ce qu’il y avait dedans. La porte était fermée et bloquée par des ronces. J’ai ramassé une branche morte au sol pour enlever les ronces. C’était étrange, car on aurait dit qu’elles avaient été arrachées et replacées là peu de temps auparavant. J’ai appuyé sur la porte en bois, qui s’est vite ouverte. C’était un tombeau. Au centre il y avait un cercueil posé sur une table, et sur le cercueil un coffre. J’ai trouvé que c’était irrespectueux pour la personne qui se trouvait dans le cercueil de poser un coffre sur elle, alors j’ai déplacé le coffre. Il était très lourd, mais j’ai réussi à le faire basculer, et tout ce qu’il y avait dedans s’est répandu par terre. Alors que je me penchais pour voir ce que c’était, j’ai senti une main blessante qui s’est refermée sur mon bras. Mon tuteur était là, je ne savais pas comment ni quand il était entré, mais je le sus aussitôt car il m’entraîna dans un tunnel qui menait au manoir. Jamais je ne l’avais vu comme cela, il me faisait tellement peur ! Il me hurlait dessus et m’insultais, et quand nous sommes arrivés dans le sous-sol du manoir, il m’a battu avec un fouet à chevaux. Après, il a appelé des serviteurs pour qu’ils me remontent dans ma chambre. Il a suivi, et m’a dit que je méritais ce qui m’arrivait, que je ne devais jamais fouiller ou chercher quoique ce fût, et que je resterais enfermé quelques jours dans ma chambre pour que cela me servît de leçon. Ils sont tous partis, il a claqué la porte et j’ai entendu le cliquetis de la clé dans la serrure.

Je sentais le sang suinter dans mon dos, j’avais mal et je peinais à respirer. Le Soleil disparut et la Lune ne tarda pas. Je restais allongé sur mon lit, incapable de bouger à cause de la douleur. Et il y a eu un courant d’air froid. J’ai senti un frisson remonter tout le long de mon dos. Et quelqu’un a posé ses mains sur mes épaules. Les mains étaient glacées mais douces. J’ai senti des lèvres tout aussi douces et tout aussi glacées contre mes blessures. La douleur partait... Une voix que je ne connaissais pas a murmuré à mes oreilles “merci beaucoup”. Je me suis retourné, et j’ai eu de nouveau très peur. La Lune baignait d’une lumière argentée ma chambre, et se reflétait dans les dents de celui qui était là. C’était un garçon du même âge que moi, avec des boucles brunes, de grands yeux d’or, une peau très pâle, la bouche rouge de mon sang qui encadrait ses dents de nacre. Ses canines étaient pointues.

“Vous... Vous êtes un... Un...”

Je n’osais pas prononcer le mot.

“Mon nom est Victorien, et oui, c’est ce que je suis, pour mon malheur. Je te remercie d’avoir ôté ce coffre de mon cercueil ; cela m’empêchait de sortir me nourrir. C’est quelque chose que je n’aime pas faire, mais il faut bien survivre... Et je dois retrouver quelque chose.

Quelle chose ?”

Il m’a tendu son bras, je me suis appuyé dessus en tremblant, et nous avons marché jusqu’à la fenêtre.

“Tu la vois ? Effrayée depuis deux siècles, deux terribles longs siècles pendant lesquels j’ai cherché sans trouver un moyen de lever son horrible sort. Il y a dans cette demeure un grimoire, mais j’ignore où il est. Dans ce grimoire, tout est expliqué... Je ne sais pas qui a mordu Symphonie, mais c’est bien elle qui m’a mordu, pour que nous puissions trouver tous les deux ce grimoire. Un jour, elle l’eut enfin dans les mains : un magnifique grimoire à la couverture vert sombre, toute lisse avec des entrelacs cuivrés... Mais nous avons été attaqués. Nous avons été séparés par nos poursuivants, et la nuit suivante, je ne l’ai pas vue au rendez-vous. Je suis allé dans le cimetière, et je l’ai trouvée : elle avait été pétrifiée par le Soleil, et le grimoire avait disparu. Depuis, je le cherche inlassablement, toutes les nuits ; mais je ne suis pas un fantôme : impossible d’emprunter les murs comme raccourci.”

Il m’a attrapé par les épaules et a plongé son regard dans mes yeux.

“Je t’en supplie, toi qui a ôté ce coffre, aide-moi ! Aide-moi à retrouver ce grimoire, aide-moi à lever ce sort qui emprisonne Symphonie. En retour je t’aiderai aussi.”

Mon cœur battait comme jamais il n’avait battu ; je ne comprenais pas ce qui m’arrivait… Toujours est-il que j’ai accepté de l’aider.

Tu vas me dire : comment j’aurais pu l’aider, puisque j’étais enfermé. C’est ce que je lui ai fait remarquer. Alors il m’a dit que tant qu’il n’y aurait pas de serrure verrouillée, il n’y aurait pas de problème. Comme je ne comprenais pas, il m’a serré dans ses bras, et nous nous sommes envolés vers une autre tour. C’était vraiment une sensation étrange. Je m’accrochais très fort à ses bras, et je n’osais pas regarder en bas. Nous nous sommes posés sur la plus haute tour. C’était le seul endroit où il n’avait pas cherché. Il avait mis deux siècles à tout fouiller des sous-sols aux soupentes des toits, dépendant des ouvertures et fermetures, sans relâche et avec méthode. Plus que les pièces de cette tour : son unique espoir.

Nous avons cherché dans la plus haute pièce toute la nuit, puis il m’a transporté dans ma chambre. “Je ne dois surtout pas me faire surprendre par le Soleil, sinon je connaîtrai le même sort que Symphonie.”

Je n’ai pas dormi, je ne voulais pas avoir simplement rêvé. J’étais tellement fasciné, ému et déterminé à croire ce que j’avais vécu. Et pour cela, il fallait que je garde secrète la visite de Victorien. La nuit suivante, il est venu, et nous avons cherché encore le grimoire, sans succès. Et encore la nuit d’après, et les suivantes aussi... J’attendais les nuits avec une grande impatience ; le voir me rendait presque heureux. Mon cœur battait plus fort quand il me tenait dans ses bras pour voler vers la tour, mais cela n’avait rien à voir avec le vertige, ni avec l’insolite de la situation. Sa bouche était toujours tout contre mon cou. A chaque fois, je lui demandais de ne surtout pas me mordre, et à chaque fois il me répondait de ne pas m’inquiéter. Nous avions fouillé une bonne partie de la tour, mais certaines pièces étaient fermées à clé. J’ai promis de trouver les clés et de fouiller ces pièces moi-même. C’est ce que je fis dès qu’on me laissa sortir de ma chambre. Je savais que si mon tuteur me surprenait dans un tel endroit, il m’enfermerait de nouveau, mais peu m’importait. Je devais aider Victorien, je devais trouver le grimoire.

Une des pièces de cette tour était précisément le bureau de mon tuteur. Des questions m’assaillaient depuis ce qui s’était passé dans le tombeau de Victorien. Pourquoi une telle violence de la part d’un homme qui certes ne s’était jamais montré affectueux envers moi sans pour autant me faire du mal ? Etait-ce lui qui avait mis le coffre dans le tombeau ? Quels secrets étaient cachés dans ce coffre ? J’entendis des pas et des voix dans le bureau : il était là, mais n’était pas seul. Je collai mon oreille sur la porte.

“Vous m’avez assuré qu’il allait mourir à petits feux, et pourtant il n’en est rien ! Et il met son nez partout, il va finir par tout découvrir.

- Avec ceci glissé dans sa nourriture tous les jours, tout ira plus vite.

- C’est déjà ce que vous m’aviez dit la dernière fois. Je ne veux plus attendre. Combien de temps cela va-t-il prendre ?

- Environ une à deux semaines...

- Environ une à deux semaines : parfait !”

J’ai alors entendu un bruit étrange, comme quelqu’un qui s’étrangle, et quelque chose tomber sur le plancher. Les pas se rapprochèrent de la porte. Je me cachai promptement derrière une tapisserie. La porte s’ouvrit, mon tuteur sortit de la pièce et se dirigea vers l’escalier. Il n’avait pas refermé la porte. C’était le moment. Je me faufilai dans la pièce et sursautai : un homme gisait au sol, une cordelette autour du cou, le visage écarlate, la langue violacée, les yeux exorbités. Je n’arrivais pas à détacher mon regard du cadavre. Pourtant autre chose attira mon attention : le coffre. Ouvert. Mon cœur se mit à battre plus fort. Je m’agenouillai et explorai le contenu du coffre : les portraits de mes parents, barrés de deux traits, le mien, barré d’un trait, divers documents notariés... Alors, j’ai tout compris : il avait tué ou fait tuer mes parents, il cherchait à m’éliminer moi aussi de manière à ce que tout eût l’air naturel, et l’homme assassiné était un de ses complices devenu gênant. Mais alors que je me rendais compte de tout, je l’ai entendu, juste derrière moi : il était revenu, avec d’autres complices.

“Je t’avais pourtant prévenu, mon cher Stanislas... Maintenant, tu sais ce qui t’attends.”

Les autres se sont jetés sur moi, ils m’ont traîné jusqu’au cimetière, et mon tuteur m’a donné une pelle pour que je creuse. Comme je refusais de le faire, il a commencé à me battre, alors j’ai creusé. Dès que je m’arrêtais, il me battait. Après, il m’a fait graver mon nom sur la pierre tombale, ma date de naissance, et le lendemain du jour où on était comme date de mort. Pendant que je creusais, je pensais à mes parents : jamais je ne pourrais faire savoir qu’ils avaient été assassinés par cet homme qui se disait ami de mon père, et qui avait clamé partout avoir épousé ma mère pour prendre soin de nous. Je pensais aussi très fort à Victorien. J’avais échoué, et j’allais être tué : plus jamais je ne pourrais l’aider...

On me battit jusqu’à ce que je ne bougeasse plus, et on me traîna jusqu’à ma chambre. Je les entendais ricaner et parler, mon tuteur disait que le lendemain il serait propriétaire du manoir, mais qu’il hésitait encore : me pendre, me décapiter ou m’enterrer vivant, ou encore attendre de voir si je passais la nuit. Je fus jeté sans ménagement sur le sol de ma chambre, je les entendis sortir, et la clé tourner dans la serrure. Je ne voulais pas finir comme cela. Pas de leurs mains. J’ai rassemblé ce qui me restait de force, et j’ai rampé jusqu’à ma table, où il y avait du papier et une plume. J’ai fait tomber le papier et la plume, et j’ai écrit un message pour Victorien. Je suis allé jusqu’à la fenêtre et j’ai laissé le message s’envoler. J’ai vu la corneille l’attraper, puis plus rien.”

***

Au même moment, une corneille croassa. Je vis que près des genoux de Victorien, un papier semblait dépasser de la terre. Je m’approchai, l’extirpai avec précaution, enlevai la terre qui le recouvrait, et pus lire le message de Stanislas :

Jamais je n’ai autant aimé,

Jamais je ne me suis senti aussi aimé

Que par toi.

Viens cette nuit, je t’en supplie !

Viens, et serre-moi contre toi

De toutes tes forces.

Penche doucement ma tête sur le côté

Pose délicatement tes lèvres sur mon cou

Perce tendrement ma peau de tes tranchantes dents

Aspire affectueusement ma vie…

 

Stanislas m’avait suivi. Il prit le papier, le lut à haute voix; et de nouveau des larmes coulèrent de ses yeux. “Et après ?” dis-je dans un souffle.

***

“Après... Victorien est venu comme prévu, il m’a ramassé, m’a relevé, m’a dit serré très fort contre lui. Il a penché ma tête sur le côté, tout doucement, et il a posé ses lèvres sur mon cou avec délicatesse... Et il m’a mordu. Cela ne faisait pas mal. Je sentais que je devenais différent, je ne savais plus si j’étais mort ou vivant, mais je me sentais soulagé, heureux...

Puis nous nous sommes envolés vers le cimetière : il m’a déposé dans un endroit sûr pour passer la journée : un caveau où personne n’aurait songé à me cherché. Il m’a souri, a caressé mon front, et a rejoint son tombeau.

Mais quand j’ai senti que la nuit était revenue, je n’ai pas pu soulever le couvercle. J’étais prisonnier. J’ai hurlé, j’ai appelé, mais rien, jusqu’à aujourd’hui...

***

« Aide-nous, Milenko ! Trouve ce grimoire et libère-nous, s’il te plait !

- L’aube se lève... Promis, je reviendrai la nuit prochaine, et je ferai tout mon possible pour vous aider tous les trois.”

Je retournai bouleversé dans ma chambre. J’avais promis de revenir, mais à quoi cela pouvait-il bien servir si je ne trouvais pas le grimoire ?

Le lendemain, on nous fit visiter le manoir. J’appris que le précédent propriétaire et deux de ses serviteurs avaient été retrouvés complètement vidés de leur sang sur le perron, à deux jours d’intervalle à chaque fois. L’explication avancée à l’époque faisait état de rôdeurs et d’animaux errants, mais une autre explication me paraissait plus plausible : Victorien avait dû venger Stanislas... Depuis, le manoir avait été laissé à l’abandon, avant d’être redécouvert et restauré par les propriétaires actuels, qui comptaient en faire une maison des arts. Nous passâmes alors dans une immense pièce aux murs couverts de livres. La propriétaire expliqua qu’ils avaient rassemblé tous les livres au même endroit, et que certains de ces livres semblaient très anciens. Une fois la visite terminée, avant la prochaine répétition, je retournai à la bibliothèque et me mis à la recherche du grimoire. Au bout d’une heure, je le trouvai enfin : la couverture de cuir vert sombre toute lisse, les entrelacs cuivrés... Mais je ne compris pas ce qui était écrit dedans. Un bruit de pas derrière moi me fit sursauter, mais je fus vite rassuré : c’était Eugénie, la mezzo et ma meilleure amie.

“Qu’as-tu de beau dans les mains, Milenko ?”

Je lui montrai le grimoire.

“Ooooh, mais c’est un grimoire !...Regarde le sommaire !...C’est un livre très rare, très précieux, et très complet, vues les rubriques… C’est étonnant que ce soit ainsi classé... Oui, c’est ce qu’il me semblait, il a été conçu en vrac et mis par rubrique après.

- Tu peux lire ce qui est écrit ?

- Bien sûr, c’est en latin ! Oh, cela doit être intéressant : « Créatures de la Nuit ». Voyons ce qui en est dit... « Le bestiaire nocturne. »,  « Les êtres de la nuit. »,  « Lever une malédiction frappant un Etre de la Nuit. », « Libérer un... »

- Tu peux regarder ça ?

- Pourquoi, tu es victime d’une malédiction nocturne ?

- Euh... Non, c’est parce que ça m’intéresse...

- Alors voyons cela... Tiens, il n’y a rien d’écrit : que des dessins, des schémata...

- Des quoi ?

- Schémata : c’est le véritable pluriel de schéma. Bon, je te laisse regarder tout ça. A tout à l’heure !”

 

Je regardai ce qu’il fallait faire, et la nuit qui suivit, je me rendis au cimetière baigné par la lueur de la Lune. La corneille croassa. Stanislas me rejoignit vite. Je posai mon alto, pris une pierre tranchante, et m’entaillai le bras. Je déposai mon sang sur les lèvres de Victorien, qui aussitôt se dépétrifia. Il observa ses mains, se releva, aperçut Stanislas… Ses yeux s’écarquillèrent de surprise et de joie ; il se précipita et le serra contre lui.

Stanislas ! Quand j’ai vu la terre retournée et la pierre tombale portant ton nom, j’ai cru que je t’avais tué… Plus rien n’avait de sens, je ne voulais plus continuer à chercher, je n’avais plus aucun espoir. Alors je suis allé près de toi, et le Soleil m’a pris.

- Pourtant je n’étais pas dans cette tombe… »

Je m’imaginais le cadavre du complice devenu gênant dissimulé sous la terre et frissonnai. Je m’approchai alors de Symphonie et colorai ses lèvres de mon sang. La jeune femme remua, contempla ses mains, effleura son visage...

“Qui es-tu ? demanda-t-elle.

- Je suis Milenko. Je vais vous libérer, comme je l’ai promis à Stanislas.

- Stanislas m’avait promis de me libérer... ajouta Victorien.

- Et Victorien m’avait promis de me libérer, reprit Symphonie. Cela veut dire que tu as trouvé le grimoire ? Tout y est expliqué !

- Oui, j’ai bien trouvé le grimoire, mais seule la levée de la pétrification y était expliquée.

- Comment vas-tu faire, alors ? demanda Stanislas.

- Je vais faire ce que j’ai déjà fait l’automne dernier. J’avais chanté. Là, je jouerai. Je jouerai pour vous jusqu’à la fin de la nuit, je jouerai jusqu’à l’épuisement, et si ça ne fonctionne pas, vous pourrez me mordre, me déchiqueter si vous voulez, me mettre en charpies pour vous avoir donné de faux espoirs.”

J’ouvris l’étui, pris mon alto et son archet, et commençai à jouer. Symphonie, Victorien et Stanislas m’entouraient, je sentais leurs souffles glacés sur ma nuque, leurs mains froides à travers mes vêtements, et je jouais sans relâche, malgré ma blessure au bras qui me faisait mal. Peu à peu, leurs mains me semblaient plus chaudes, leurs souffles devenaient brûlants. Leurs longues canines pointues rapetissaient. Le ciel prenait déjà la teinte mauve qui indique le lever du Soleil. Ils se tinrent par les mains, faisant un grand cercle autour de moi. Je les entendis me dire “merci”, et au tout premier rayon, ils se changèrent en trois oiseaux flamboyants qui s’envolèrent haut, très haut, pour devenir trois étoiles du matin…

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dimanche 26 août 2012

Les amants de l’étang.

J’avais été invité à donner un concert, en compagnie d’autres musiciens, dans un château. Nous devions jouer trois soirs de suite, et comme l’endroit était isolé, on nous fit dormir dans les chambres du château.

Le premier soir, après le concert, on nous invita à boire. On parla de choses et d’autres, et quelqu’un demanda si on voyait toujours la dame de l’étang.

« Qui est la dame de l’étang ? demandai-je.

— Si vous croyez à ces choses-là, jeune homme, répondit un vieil homme aux cheveux ébouriffés, il y a près de l’étang du bois derrière le château le fantôme d’une femme habillée comme dans les années 1840 et quelques, qui vient s’asseoir sur une pierre toutes les nuits et repart à l’aube. Si l’on croise son regard, elle s’approche et demande où est son amoureux. Et comme on ne peut pas répondre, elle nous fixe de ses yeux vides, nous saisis les poignets et nous attire dans l’étang, où l’on se noie ! Si vous croyez à ces choses-là, bien sûr.

— Et comment le sait-on ? C’est le fantôme d’un noyé qui l’a raconté ? » ironisa la violoncelliste.

La conversation tourna sur les fantômes, les esprits, ceux qui y croyaient, ceux qui n’y croyaient pas… Je ne croyais absolument pas aux fantômes, et pourtant je trouvais cette idée belle et touchante. Après avoir bien discuté, bu et ri, chacun alla dormir.

Ma chambre était située au sixième étage du château. Elle était séparée en deux parties : un cabinet de toilettes moderne dissimulé par une porte très ornée, et une partie chambre, avec une petite table, une armoire, un lit à baldaquin, et la fenêtre d’où je vis la Lune briller et la silhouette de hauts arbres se découper contre le ciel. Sur le mur contre lequel se trouvait la tête du lit, il y avait un miroir très richement décoré de motifs floraux.

Je dormais depuis un petit moment, quand je fus réveillé par des coups répétés sur du verre et une voix sourde qui semblait désespérée. Je me levai, allumai la lumière, collai mon oreille contre la porte : rien. J’allai à la fenêtre, l’ouvris : rien non plus. Peut-être avais-je rêvé… Je me préparais à me recoucher quand je vis dans le miroir un homme qui n’était pas moi. Je me retournai vivement : personne derrière moi. L’homme du miroir cognait contre la glace et appelait. Je pris peur, sortis de la chambre, et descendis dans le salon. Je n’arrivais pas à y croire : je me dis que j’étais encore dans mon rêve, que je m’étais réveillé dans le rêve, et que je n’allais pas tarder à me réveiller en vrai, en plein jour, dans le lit, au-dessus duquel le miroir reflèterait mon visage et la chambre.

Je me réveillai pourtant au beau milieu du salon. Je me dis que j’avais dû avoir une crise de somnambulisme, comme cela m’arrive souvent. Je retournai dans ma chambre et ne dit rien à personne.

La nuit, dans ma chambre, pas moyen de dormir. Je tressaillais au moindre bruit, me roulais dans les couvertures, les repoussais… Tout à coup, j’entendis de nouveau les coups et la voix. Je respirai profondément, allumai la lumière, et me tournai vers le miroir. Il était là et me regardait avec ses yeux tristes.

« Ne t’enfuis pas, s’il te plait, me dit-il d’un air suppliant, je suis désolé de t’avoir fait peur hier… Toi seul peux m’aider.

— Qui es-tu et que t’est-il arrivé ? murmurai-je.

— Je suis Félix. J’aime depuis toujours Anna aux yeux de ciel et aux cheveux d’ébène ; nous voulions partir et vivre tous les deux, mais nos familles en avaient décidé autrement. On m’a envoyé à plusieurs centaines de lieues chez des cousins. Nous nous sommes écrit tous les jours, mais au bout d’un moment je n’ai plus reçu de lettres d’Anna. Je lui ai écrit, je lui ai demandé si elle ne m’aimait plus, et que si c’était le cas, qu’elle me le dise. Je n’ai pas reçu de réponse. Alors, malgré l’interdiction qui m’en avait été faite, je suis revenu ici, et j’ai découvert l’horrible vérité : elle n’avait jamais reçu mes dernières lettres ; on lui avait menti en lui faisant croire que je m’étais marié de mon côté, et on l’avait mariée. J’ai couru chez elle, et je l’ai trouvée, allongée dans son lit, la main serrée sur une petite fiole. Je l’ai remuée, secouée doucement, elle a ouvert les yeux, mais il était trop tard. Je lui ai dit que jamais je ne m’étais marié, que je n’avais jamais aimé une autre personne qu’elle ; elle m’a souri faiblement, et m’a répondu : « il est trop tard désormais. » Je l’ai prise dans mes bras, j’ai voulu la porter, j’ai protesté : « Non, il n’est pas trop tard ! » « Le poison m’entraîne déjà… » m’a-t-elle dit. Je l’ai serrée dans mes bras, je pleurais… Dans un dernier souffle, elle m’a dit « je t’attendrai au bord de l’étang où l’on s’est rencontré pour la première fois. » Je lui ai promis d’y être le soir même, je suis rentré au château, et je me suis tué. Je n’étais pas encore mort quand on m’a trouvé. On m’a transporté dans ma chambre, et on a couvert tous les miroirs… Sauf celui-ci : tout le monde avait oublié le miroir de la chambre du sixième étage. Alors, quand j’ai fini par mourir, mon âme a été emprisonnée dans ce miroir. Chaque nuit je cogne et je hurle, mais personne ne m’entend ; personne ne vient jamais dormir ici… Sauf toi. Tu es le seul à avoir dormi ici depuis plus de cent cinquante ans, tu es le seul à pouvoir m’aider !

— Je ne sais pas comment faire pour libérer une âme prisonnière d’un miroir », dis-je.

J’étais très ému par son histoire, je voulais l’aider, mais je n’avais aucune idée quand à la procédure à accomplir. J’émis une faible hypothèse.

« Peut-être en le brisant…

— Surtout pas ! s’exclama Félix. Mon âme serait éparpillée.

— Attends… L’étang où vous vous êtes rencontrés pour la première fois, était-ce celui du bois derrière le château ?

— Oui, c’est bien là.

— On dit qu’une jeune femme y attend son amoureux chaque nuit et disparaît à l’aube… Serait-ce possible que…

— Si je pouvais seulement la revoir…

— Si je parviens à décrocher le miroir de ce mur et que l’apporte près de l’étang… »

Je tentai toute la nuit de décrocher le miroir du mur, mais sans succès. L’aube arriva, et Félix disparut.

Je passai toute la journée à réfléchir au moyen d’amener Félix à Anna. A la répétition, je sautai quelques mesures de mon morceau solo, j’oubliai de jouer, je ratai tout, et me pris donc les remontrances des autres musiciens.

« Mais qu’est-ce que tu as, Milenko, aujourd’hui ?! Je te rappelle que ce soir, c’est la dernière fois que nous jouons ici, et qu’il y aura beaucoup de spectateurs, et peut-être parmi eux des personnes susceptibles de nous engager, alors sois à ce qu’on fait ! »

En me préparant ce soir-là pour le concert, je posai une main sur le miroir du cabinet de toilette, et la retirai aussitôt en repensant à une mise en garde de ma grand-mère : « ne pose jamais tes deux mains sur un miroir, surtout dans une pièce sombre : si jamais une âme est emprisonnée dedans, elle pourrait s’emparer de toi ! ». Je savais comment faire !

Jamais je n’avais aussi bien joué que ce soir-là. Une fois dans ma chambre, j’ôtai mes chaussures, mes chaussettes, éteignis la lumière, montai sur le lit, et attendis. L’âme de Félix ne tarda pas, et je sentis ses doigts contre les miens : ils étaient glacés. Le froid se répandit en moi, ma tête tourna, et je m’effondrai. Peu de temps après, une voix qui n’étais pas la mienne résonna dans ma tête : « allons-y maintenant, Milenko. »

Je me levai péniblement, j’étais glacé et chaque mouvement me faisait mal. Je sortis de la chambre, descendis l’escalier, sortis du château. L’âme de Félix me guida jusqu’à l’étang, à travers le bois épais, sur un sentier depuis longtemps oublié. Une femme translucide glissait sur la berge de l’étang. Ma bouche s’ouvrit et l’appela. Lentement le fantôme se tourna vers moi et s’approcha. D’une voix triste et calme, elle me demanda : « toi, qui m’a appelée, sais-tu où est celui que j’aime et que j’attends ? ». Je susurrai « il est là, avec moi. ». Anna sourit. Je sentis ma main se tendre vers la sienne ; nous nous rapprochâmes, je fermai les yeux, nous nous embrassâmes…

Je sentis soudain mon cœur bouillir, et je m’abattis dans l’herbe. Je souris, allégé, apaisé : l’âme de Félix était enfin libre. A bout de force, je levai difficilement ma tête, et je vis Anna et Félix, les amants de l’étang, enfin réunis, rejoindre ensemble le Royaume des Morts…

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dimanche 19 août 2012

La belle ténébreuse.

Terrifiante…

Fascinante…

 

Sa peau est plus blanche que la neige

Ses longs cheveux sont d’argent et d’or

Sur son trône d’ivoire elle siège

Son nom est tant redouté : la Mort.

 

De nombreuses fois j’ai voulu la rejoindre

Mais elle me repousse.

Et pourtant dans ce fleuve j’ai cru l’atteindre

Que ses mains étaient douces !

Que son souffle était chaud quand le mien m’a manqué

Quand sous mon oreiller j’ai voulu m’étouffer !

Quand de toutes mes forces j’ai serré

Mon écharpe s’est métamorphosée

Autour de mon cou j’ai senti ses doigts !

Sur mes poignets tailladés

Sa suave caresse

Etait une promesse

De blessures apaisées…

Pourquoi se détourne-t-elle de moi ?

Il faut pourtant que cessent mes souffrances !

Je tente à une plus grande cadence

Les morceaux de verre écorchent ma bouche et ma gorge

L’acide poison s’écoule tel un sucre d’orge

Puis j’ai décidé

De ne plus manger

Pourtant tout cela

Ne lui suffit pas…

 

J’ai fait pleurer mes proches : je suis haïssable

Tant voulaient vivre mais elle les a enlevés

Je n’ai pas le droit de vouloir la rechercher !

Mais ma douleur devient si insupportable…

 

Alors, une dernière fois j’ai tenté

Ma tête rebondit sur le mur, rebondit

Peu à peu mon supplice vital se finit

A mesure que je sens

Contre ma nuque mon sang

Tout brûlant, frémissant, palpitant, s’écouler…

 

Elle est là, enfin, et vers moi tourne la tête

Son visage dissimulé par sa voilette

Elle s’approche et me prend dans ses bras blancs

Les yeux clos, je m’abandonne, pantelant

Lentement elle lève mon menton

Et de tout mon être je lui fais don

Elle m’enlace

Elle m’embrasse…

 

Sa bouche est sans lèvre, glaciale et dure

Et son goût de cendre est une torture

Son haleine est fétide

Et ses promesses vides

Ses longs doigts acérés

Ne font que me blesser

J’ouvre les yeux, apeuré

Sa voilette est relevée

Et je vois son visage effrayant

Je veux me libérer, haletant,

Je supplie la Vie de venir me reprendre

De me rattraper, de me voir, de m’entendre

De me réclamer, de jouer, de gagner la partie…

Et encore une fois, la belle aux yeux malicieux

M’arrache de là, me tient dans ses bras chaleureux

Ses longues boucles brunes sur ma peau endolorie

Sont si apaisantes, si douces… J’ouvre les yeux

Je suis vivant, et finalement j’en suis heureux

Mais je ne serai plus jamais le même :

De la Mort j’ai vu le visage blême… 

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samedi 11 août 2012

J’ai sauté…

J’ai sauté…

C’était le seul espoir qui me restait.

La Lune brillait très fort cette nuit-là.

J’ai franchi la balustrade du pont.

J’ai regardé droit devant moi les lumières impassibles de la ville.

J’ai respiré une dernière fois l’air froid de la nuit

Mes doigts agrippés au bord du pont ont lâché prise un à un.

 

J’ai sauté…

Je sens le vent glacial contre mes joues.

Je vois le fleuve gelé prêt à m’accueillir.

J’entends mon cœur battre si fort !

 

J’ai sauté…

La glace m’écorche la peau.

L’eau noire du fleuve m’étreint.

Mes poumons se serrent, me brûlent.

Jamais je ne me suis senti aussi vivant !

 

J’ai sauté…

La belle ténébreuse m’effleure.

Elle me prend dans ses bras.

J’ai si mal, mais bientôt elle y mettra fin.

 

J’ai sauté…

L’impitoyable vie revendique sa proie,

Elle m’arrache à la douce et létale étreinte.

Vie et Mort me désirent toutes deux.

Aussi cruelles l’une que l’autre,

Elles jouent une effroyable partie d’échecs

Dont je suis l’enjeu.

 

J’ai sauté…

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mercredi 8 août 2012

Les roses rouge sang du soleil couchant

Les roses rouge sang du soleil couchant

S’éparpillent sur mon cadavre sanglant,

Les pétales noirs des roses de la nuit

Te recouvrent peu à peu ; la Lune luit

Et veille sur la clairière où je t’ai laissé

Pour t’accorder ce que je n’ai pu te donner.

 

Je hais cette lame sur ton cou délicat

Je hais cette lame qui a tranché ta vie

Pourtant je m’en suis tant de fois déjà servi

Sans me poser ni problème ni question

Exécutant les contrats sans émotion

Mais là, tout était si différent : là, c’était toi…

Sur tes épaules mes mains une dernière fois

Se sont posées, je t’ai embrassé

Puis tu as compris ce qui t’attendait

Et, je l’espère aussi, que je t’aimais

Tu l’as accepté

Sans pleurer tu t’es agenouillé

Tu as levé tes jolis yeux vers les miens embués

J’ai pris une grande inspiration, ma main n’a pas tremblé

Et j’ai regardé

Ton sang sur ton cou ciseler ses entrelacs

 

Mais je t’ai tué

Pour te protéger

Car je n’aurais pas supporté le supplice

De te voir subir les terribles sévices

Que ton clan et mon clan avaient prévus

Le mien pour faire souffrir son ennemi

Le tien pour te punir de m’avoir suivi

Horribles propos que j’ai entendus !

 

J’avais été envoyé pour t’assassiner

Pendant un an j’ai retardé l’échéance

Emu par ton regard si doux,

Si désespéré

Tu as tout laissé

Eperdu, tendre amoureux fou

Epris, tu m’as tout de suite fait confiance

Entre mes bras tu t’es si vite abandonné

Mais je ne te méritais pas

Je me suis tout d’abord montré si dur, si distant, si froid

Pour que tu ne t’accroches pas

Puis j’ai reconnu que j’étais tombé amoureux de toi

 

Nous aurions pu vivre heureux tous les deux, sans

Cette absurde et stupide guerre des clans.

 

Je voulais revenir, après t’avoir vengé

Je voulais revenir près de toi m’allonger

A tes côtés à jamais m’endormir

Et laisser la forêt nous recouvrir

 

J’entrevois déjà la forêt, le chemin, la clairière

Mais soudain j’entends autour de moi éclater le tonnerre

Une pluie de feu

S’abat…

M’abat…

Je ferme les yeux

Je laisse là mon corps

Criblé de balles, mort

J’aurai vingt-cinq ans

Eternellement.

 

S’éparpillent sur mon cadavre sanglant

Les roses rouge sang du soleil couchant…

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vendredi 27 juillet 2012

Les pétales noirs des roses de la nuit

Les pétales noirs des roses de la nuit

Tombent épars sur mon visage

J’aurais désormais le même âge

Eternellement vingt ans, mais je t’en supplie !

Ne laisse pas mon corps sans sépulture

Que cesse cette terrible torture !

Déjà les animaux de la forêt

Sentent mon cadavre

Et s’approchent

Toi, mon doux assassin, si tu voulais

Lui offrir un havre

Sous la roche…

 

Un an à t’aimer à la folie,

Un an à t’appartenir,

Offert, éperdu…

Mais j’ai toujours su

Qu’un jour tout allait finir,

Qu’un jour tu mettrais fin à ma vie.

 

Pour toi, je me suis abandonné,

Pour toi, je me suis perdu

Pour toi, j’ai tout fait

Soumis à tes souhaits

Tous tes mots, je les ai crus

Pour et de toi, j’ai tout accepté.

 

Lorsque sur ce chemin tu m’as entraîné

Je t’ai suivi sans méfiance

Au milieu d’arbres immenses tu t’es arrêté

Par les épaules tu m’as pris, tu m’as embrassé

Et j’ai vu du soleil refléter l’éclat

Sur la lame de ton couteau.

Lorsque là, tout tremblant, je t’ai demandé

« Est-ce que tu ne m’aimes plus ? »

Tu as gardé le silence

J’ai vu des larmes briller dans tes yeux, là

J’ai vu mon destin triste et beau

Je ne me suis pas débattu.

 

Mes yeux plongés dans ton regard déterminé

Je me suis mis à genoux

J’ai senti la froide et douce lame

Effleurer tendrement mon cou

Puis mon sang a perlé, et mon âme

A mon corps arrachée l’a vu s’en écouler.

 

Lorsque tu m’as tué je n’ai rien dit

Mais ne me laisse pas, je t’en supplie !

Ma douleur n’a pas de limite

Reviens m’ensevelir, me protéger

Je te jure que je vais te hanter

Pour que tu me rejoignes, vite…

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mardi 24 juillet 2012

Le pêcheur et l'être de la mer.

Je devais me rendre à une destination qui n’était accessible que par la mer. À bord du bateau, comme j’étais tout seul et que je ne connaissais personne, je passais le temps en déambulant sur le pont. La nuit était calme et claire. Il n’y avait pas un souffle de vent. Dans l’eau, on pouvait voir se refléter la Lune. Tout à coup, la mer s’agita. Le bateau était balloté d’un côté et de l’autre, et pourtant il n’y avait pas de vent. Dans le bateau, personne n’avait ressenti ce ballotement. Et tout à coup j’entendis s’élever un chant, très beau mais triste, et surtout très étrange. Il semblait sortir des flots, et provenir de voix qui n’étaient pas humaines. Je m’agrippai au bastingage et me penchai pour voir, et là une main ferme me tira en arrière. Un vieux loup de mer me dit : « ne te penche pas comme ça, petit, ou ils vont te prendre ! »

- Qui va me prendre ?

- Eux… Tu les entends aussi, pas vrai ? »

Je fis signe oui de la tête. Ce chant si beau m’attirait et j’avais envie de me jeter par-dessus bord pour le rejoindre. Mon interlocuteur sembla le voir, parce qu’il m’entraîna à l’intérieur.

« C’est aujourd’hui la date anniversaire de ce drame, qui s’est passé quand j’étais gamin.

- Racontez-moi, demandai-je.

- Il y avait un jeune gars du village qui tous les jours partait pêcher en mer. Un jour, il n’arriva pas à lever ses filets. Il tira un peu plus fort, et découvrit, parmi les poissons, un être de la mer. C’était un garçon du même âge que lui, sa peau était douce, lisse et bleutée, il avait des jolis cheveux bruns comme les algues, de grands yeux sombres, de longs bras frêles, et dans le bas de son torse sa peau devenait écailles pour former une longue queue de poisson. Le filet l’avait blessé aux épaules et au dos. L’humain l’a soigné avec délicatesse et l’a remis à la mer. Le lendemain, l’être de la mer est revenu voir le pêcheur. Et il est revenu le lendemain, et le surlendemain, et le jour après le surlendemain. Leurs cœurs battaient très fort, ils se comprenaient, ils s’aimaient…

Mais un homme ambitieux et sans scrupule qui habitait dans le manoir qui surplombait la baie où se retrouvaient les deux amoureux et qui voulait trouver quelque chose pour briller en société se dit que s’il mettait la main sur l’être de la mer, il pourrait parvenir à ses fins. Il tendit un piège au pêcheur, et se rendit à sa place là où il devait retrouver son amour. L’être de la mer, malgré les mises en gardes de sa sœur contre les humains, à qui, disait-elle, on ne pouvait pas faire confiance, fit comme d’habitude. Il nagea jusqu’aux filets, se mit à la verticale, tendit les mains et remonta, mains en premier, comme il faisait toujours. Comme toujours, il sentit l’étreinte des mains humaines sur ses poignets, mais quand il fit surface, il se rendit compte trop tard qu’il était tombé entre les griffes de l’homme au manoir. Celui-ci l’assomma, le mit dans un sac, et rentra chez lui. Il porta le sac jusqu’à l’endroit le plus profond de la cave et en sortit sa victime, qu’il étendit et attacha sur une table. D’après une vieille légende, les êtres de la mer renfermaient en eux des pierres précieuses. Alors, il prit un couteau et découpa vivant le jeune homme de la mer. Les hurlements du malheureux réveillèrent le pêcheur, qui avait été enfermé dans un autre endroit de la cave. Il se précipita sur la porte, parvint à l’enfoncer, et se rua vers l’endroit d’où provenaient les hurlements. Mais bientôt il n’entendit plus rien que les cris de colère de l’homme. Il défonça la porte, et découvrit avec horreur le corps déchiqueté de son amour. L’homme ambitieux n’avait pas trouvé de pierres précieuses et s’était alors acharné sur sa victime. Le pêcheur se précipita sur le criminel. Un violent affrontement suivit, à la fin duquel le jeune homme parvint à faire lâcher le couteau de son adversaire et à le retourner contre lui. Ensuite, en pleurs, il rassembla tous les bouts du corps de l’être de la mer, les mit dans le sac, et partit les rendre à la mer. Puis il s’est dirigé vers la falaise, il est monté tout en haut, il s’est approché du bord, là où la falaise surplombe directement la mer, là où la mer est toujours en colère. La Lune éclairait la scène de sa lueur impassible. Il a brandi le couteau, s’est poignardé droit au cœur, et son corps est tombé dans la mer qui l’a transporté vers le palais des êtres de la mer.

La mer avait réuni tous les morceaux du corps du jeune homme de la mer, et déposa le corps du jeune homme humain à ses côtés. La sœur du jeune homme de la mer décida de venger les deux amoureux. Elle rassembla les êtres de la mer, et tous montèrent en surface. Ils agitèrent les flots tant et si bien que les vagues s’abattirent sur le manoir qui fut détruit. Puis elle décida que tous les humains qui s’aventureraient sur les flots devaient être envoyés par le fond. Alors, les esprits de son frère et de son amour humain intervinrent. Ils avaient déjà été vengés, et tous les humains n’étaient pas mauvais… Elle acquiesça, mais dit que cette histoire ne devait jamais être oubliée. Alors, depuis, tous les ans, à la date anniversaire de la mort des deux jeunes hommes, les êtres de la mer montent en surface et chantent. »

J’avais les larmes aux yeux, et plus que jamais l’envie de me jeter dans les flots. Je retournai dehors, me penchai, et soudain reculai. Les êtres de l’eau avaient fait surface au loin, guidés par une femme au visage déterminé. Un peu derrière eux, enlacés tendrement, il y avait les esprits des deux amoureux. Bizarrement, mon cœur s’allégeait, je n’étais plus désespéré comme à mon embarquement sur ce bateau ; et je devais vivre, pour raconter cette histoire si triste mais pourtant belle…

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lundi 23 juillet 2012

Une effrayante aventure.

Le dernier jour d'octobre, il vaut mieux rentrer chez soi avant la nuit. Surtout quand le chemin passe entre un massif d'arbres morts et secs et un vieux cimetière aux tombes enchevêtrées. Car voici ce qui m'est arrivé.

Ce jour-là, ma voiture était tombée en panne le matin au démarrage (en fait, elle n'avait pas voulu démarrer). J'avais donc dû aller travailler à pieds, comme ce n'est pas très loin : une heure de marche environ en coupant par le vieux chemin que l'on ne voit pas de la route. Il y avait beaucoup de soleil, et les teintes d'automne coloraient merveilleusement la campagne, les arbres, et donnaient même une touche de gaité au vieux cimetière à côté du chemin. Au travail, mon chef, un très beau type aux yeux noisette dont j'étais en train de tomber amoureux, me fit remarquer mon retard. Aussitôt j'expliquai le problème et proposai de rester à travailler une heure de plus pour rattraper. Cela fut accepté. Mais alors que je pensais pouvoir rester pendant midi, il me dit que c'était impossible, qu'il fallait absolument que je me repose un peu ; en revanche je pourrais rester le soir. Il sourit, et j'acquiesçai aussitôt.

Le soir venu, après avoir rattrapé mon heure, je quittai les lieux et repris le chemin pour rentrer chez moi, éclairé par ma lampe de poche. La nuit était tombée. Le vent s'était levé et soufflait, sifflait... J'avais froid, je n'étais pas très rassuré non plus. Ma lampe commençait à donner des signes de faiblesse. Je hâtai mon pas. La lampe n'était plus qu'une lueur. "Tiens bon, s'il te plait, tiens bon encore un peu, que l'on ait au moins passé le cimetière" murmurai-je à la lampe. Mais elle s'éteignit bel et bien. Je ne voyais plus rien, j'étais complètement perdu au milieu de nulle part. Je décidai d'avancer en ligne droite ; je saurais, sous mes pieds, si j’étais sur le chemin ou dans l'herbe...

Soudain, j'aperçus une lueur qui devint de plus en plus brillante. J'avançai dans sa direction. C'était mon chef. Je fus soulagé de le voir. "Je savais que vous étiez à pieds, et je voulais voir si tout se passait bien ; j'aurais dû vous raccompagner" me dit-il. Je lui répondis que ce n'étais pas grave. Il remarqua ma lampe dont les piles avaient lâché. "Je vais vous tenir compagnie pour la dernière partie du chemin ; il n'est pas bon de se balader seul ces temps-ci". Nous marchâmes un moment avant d'atteindre le passage entre le cimetière et le massif d'arbres morts. Il passa son bras autour de mes épaules. Mon cœur se mit à battre : étais-ce possible qu'il eût compris, qu'il fût d'accord ? J'étais heureux, je souriais, je regardai sa main sur mon épaule, mais alors que les nuages libéraient la lune, je remarquai ses ongles : des griffes ? L'étreinte se fit plus forte, trop forte. J'essayai de me dégager, et je découvris son visage : il n'était plus beau du tout, ses cheveux étaient devenus trop longs, filasses, poivre-et-sel, son teint était verdâtre, ses yeux vides et blancs, ses lèvres colorées d'un sang qui n'était pas le sien, et des dents de vampire. Il réussit à m'attacher, et me porta vers le cimetière en s'écriant "à table!". Il y avait là une geôle ornée de têtes effrayantes et dans laquelle luisaient d'effrayants yeux fuchsia. Une table était dressée, et deux jeunes femmes vampires aux yeux luisants et aux dents tranchantes nous accueillirent surexcitées. Mon chef me déposa délicatement sur la table. Ses deux sœurs me regardaient avidement le cou. J’étais terrifié, je savais très bien comment tout cela allait finir, mais je ne voulais pas mourir sans avoir résisté, même dérisoirement. Alors je me mis à chanter. Les trois vampires tournèrent leur effroyable visage vers moi, puis fermèrent leurs yeux pour écouter. Je chantais ce qui me passait par la tête, des chansons tristes, joyeuses, et mes préférées : des paroles tristes sur une mélodie joyeuse. La lumière de la lune éclaira les visages de mes assaillants, et ce que je remarquai alors m’émut profondément : les trois vampires pleuraient.

« Nous l’avons enfin trouvé, murmura celle qui semblait la plus jeune.

Au bout de trois interminables siècles… ajouta l’aînée.

Chantez, mon cher Milenko, me dit mon chef, chantez jusqu’à l’aube, ne vous arrêtez pas. Cette dernière chanson raconte notre histoire. Chantez-la donc, et enfin nous serons libres. »

Alors je chantai l’histoire de ce jeune homme qui était allé se promener avec ses deux sœurs au bord du lac brumeux. Il avait glissé et s’était noyé, alors que les deux jeunes filles, le cherchant, se perdirent dans la brume. Ils étaient à mi-chemin entre notre monde et l’autre côté, mais demeuraient ici, condamnés à se nourrir des vivants, jusqu’à ce que quelqu’un les aidât à passer complètement dans l’autre monde. Au fur et à mesure, le visage de mon chef reprit ses si beaux traits, et chez les trois vampires les dents rapetissaient. Ma voix devenait rauque, mais je continuais de chanter, je ne cessais pas même si j’avais de plus en plus mal à la gorge. Mon chef et ses deux sœurs m’entouraient et se tenaient la main, les yeux fermés. Je voyais leur poitrine se soulever et s’abaisser à chaque respiration, et je pouvais entendre nos quatre cœurs : le mien battait de plus en plus vite, le leur s’apaisait. Enfin, les premières lueurs du jour apparurent.

« Nous sommes désormais libres. Merci, Milenko. »

L’aînée déposa un baiser sur ma joue gauche, puis disparut dans un envol de papillons noirs. La plus jeune déposa un baiser sur ma joue droite, puis disparut dans un envol de fleurs violettes. Enfin mon chef me prit doucement par les épaules. Ses beaux yeux tristes et reconnaissants se plongèrent dans les miens, il m’embrassa sur le front, puis s’évanouit dans un rayon de soleil.

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dimanche 22 juillet 2012

Je croyais que ce n'était qu'une légende...

Et pourtant, un soir, je l'ai croisée, sur le chemin qui passe entre le cimetière et les arbres morts.

J'avais enfin réussi à m'échapper du cachot où j'étais retenu. J'avais profité des rayons de la pleine Lune qui éclairait ma prison. Utilisant mon épingle qui retient mon plaid, j'ai ouvert la porte, et j'ai suivi les marches. J'étais pieds nus et j'avais froid. Je me suis élancé sans regarder où j'allais, je voulais m'éloigner au plus vite de la tour. Mais je m'approchais d'un endroit qu'on dit maudit : ce passage du chemin entre le cimetière et les arbres morts. On dit que les nuits de pleine Lune, une sorcière vampire sort de sa tombe et qu'il vaut mieux ne pas la croiser. Légendes, simples légendes...

Mais là, elle se dressait devant moi, le visage blanc comme la neige, la bouche rouge sang, et souriante de toutes ses dents. La Lune reflétait dans ses crocs. Je pris peur mais il n'était pas question que j'aille en arrière. Je préférais même affronter la sorcière que de retomber entre les mains des autres...

Je poursuis alors mon chemin, en m'écartant de la route pour me réfugier entre les arbres morts. Mais alors que, caché derrière un arbre, je regarde pour voir où est la sorcière, je sens une main se poser sur mon épaule : c'est elle !

Mon cœur se met à battre très fort et très vite : je suis terrifié. Alors, je dis, dérisoirement et désespérément : "ne me tue pas, s'il te plait ne me tue pas". Elle a déjà entouré mes poignets de ses longs doigts crochus et approche sa bouche de mon cou. Mais au moment où je m'attendais à être mordu, elle me murmure à l'oreille "je n'en ai pas l'intention"...

Je la regarde, toujours terrorisé, mais surpris. Alors elle ajoute : "tu seras juste mon appas ; vois-tu, les gens qui t'ont enlevé et séquestré dans ma tour sont des voleurs et des assassins. Ils cherchent depuis des années et des années mon trésor, de génération en génération, n'hésitant pas quant aux moyens employés (meurtres, tortures, trous creusés sans vergogne dans mes jardins). Ils se disent propriétaires des lieux, les imposteurs ! Alors, ce soir, je vais me venger. Pourquoi étais-tu entre leurs mains ?"

Je lui réponds que je les ai vus et entendus parler du trésor de la sorcière vampire, et qu'ils ont craint que je ne répète à tout le monde qu'ils avaient l'intention de la déterrer. Quand elle apprend ça, ses yeux et ses dents luisent de plus belle : "alors, je ne vais pas hésiter : ils vont apprendre qu'il ne faut pas s'en prendre à moi ! Lorsqu'ils m'ont assassinée il y a plusieurs siècles, les ancêtres de ces importuns ont oublié que j'étais une sorcière très puissante. Je sentais le mauvais coup venir, aussi j'ai fabriqué une potion interdite, prononcé une formule défendue, et me voici vampire. Je ne serai libre que lorsque j'en aurai fini avec eux !"

Sur ces mots, elle me saisit par les épaules, et nous nous envolons pour nous retrouver au milieu du chemin, puis elle disparaît. Je vois avec horreur les autres arriver. Je n'ose même pas imaginer ce qu'ils vont me faire. Mais alors qu'ils m'entourent menaçamment, le tonnerre gronde, un éclair jaillit, et la sorcière surgit. Tous mes assaillants se figent de peur. Elle me dit de fermer les yeux, et de ne les ouvrir sous aucun prétexte. C'est ce que je fais, et là j'entends des paroles étranges résonner dans l'air, des cris d'épouvante, puis plus rien. Je n'ose pas ouvrir les yeux. Mais une main douce se pose sur mon bras : "tu peux regarder, maintenant". Les autres ont disparu. La sorcière n'est plus vampire, presque plus fantôme : elle s'efface. Et elle est si belle...

"Je suis enfin libre, grâce à toi... Je peux enfin me reposer en paix. Prends mon écharpe : c'est la récompense que tu as amplement méritée."

Et aussitôt, plus aucune trace d'elle. Ma tête tourne, j'ai mal, je sens que je tombe...

Il est presque midi quand je me réveille. Je croise ma sœur, et je lui raconte mon rêve : "j'ai fait un dôle de rêve ! Il y avait des gens qui me retenaient dans une sorte de donjon, je me suis enfui et j'ai rencontré le fantôme d'une sorcière vampire, elle m'a pris comme appas pour se venger des autres, et elle a fini par me donner son écharpe, et je suis retombé dans mon lit" !

Mais lorsque je retourne dans ma chambre pour faire mon lit, mon sang se glace : au milieu des draps se trouve une écharpe : l'écharpe de la sorcière... 

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